05.12.2018Une deuxième vie, avec des moments difficiles, mais avec le sourire

Témoignage de Marguerite

Ce qui m’est arrivé

Cela fait deux ans, que j’ai une nouvelle vie. Le 29 novembre 2016, victime d’un arrêt cardiaque et amenée aux urgences à l’hôpital d’Aarau, je reste plusieurs semaines dans le coma aux soins intensifs avant d’être transférée à la clinique de réhabilitation de Bâle puis de Rheinfelden. Huit mois de réadaptation pour être soignée de cette terrible maladie cérébrale, due au manque d’oxygène mais aussi à un traumatisme: une amnésie totale (mémoire passée et actuelle) qui entraîne un combat quotidien (je dois tout réapprendre).

Suivie par un psychologue et une neuropsychiatre, au niveau psychologique, l’expérience est extrêmement difficile. Mais avec le temps, les encouragements, un travail quotidien sur des idées positives, il est possible d’avancer. Il me faut voir les progrès, plutôt que les échecs, et reconnaître ce qui va mieux. Imaginez, je n’étais plus capable d’écrire… !

Ce qui m’aide

L’accident fut un traumatisme, non seulement pour moi, mais aussi pour la famille, les amis. Ce qui m’a énormément aidée (et qui continue à m’aider): les nombreux messages d’encouragement, les propositions d’aide, les compliments de la part de la famille et des amis. Mais attention, au début, c’était trop pour moi. J’étais épuisée, triste. Je me sentais “éteinte”, “vide”.  Heureusement, les médecins surveillaient de près la situation pour éviter que j’aie trop de visites, et la famille et les amis essayaient de me rassurer et de me réconforter: “Sens-toi libre, ne t’inquiète pas si tu ne peux pas répondre, prends ton temps”. Et en effet, j’étais obligée de prendre mon temps pour répondre, avec un sentiment de culpabilité, voire de déprime. Néanmoins, je sentais combien j’étais formidablement bien entourée, et sans ce soutien, je serais partie. Car à quoi bon se battre si l’on se sent seule? Je n’ai pas la réponse, car heureusement, comme je vous le disais, ce n’était pas mon cas. Mes pensées vont d’ailleurs à tous ceux qui se sentent seuls face à de terribles épreuves. Mais, et c’est une bonne nouvelle, on peut trouver de l’aide aussi à l'extérieur du réseau de proches (mais pour cela il faut la chercher, alors allez la chercher!)

Ce qui m’a aussi été très précieux et m’aide encore: l’attention très forte des aides-soignants et des thérapeutes. En particulier, la neuropsychologue de la réhabilitation de Bâle, et le psychologue de l’hôpital d’Aarau.

Ce qui m’aide également beaucoup, ce sont les associations, par exemple Pro Infirmis, Spitex, Croix Rouge, Fragile Suisse, SantéPsy, ProCap…

L’ensemble de ces soutiens me permet de retrouver doucement la confiance en moi que j’avais totalement perdue, et de prendre conscience de mes progrès. Je reçois des compliments qui semblent sincères: courage, intelligence, capacité d’organisation, curiosité, volonté, logique… Pourquoi ne pas y croire? Certainement que ces traits de caractère me permettent d’avancer, mais le plus grand encouragement, c’est de recevoir ce feed-back positif!

Avec de la volonté, on peut trouver des chemins. En s’accordant des échecs, en acceptant des déceptions… on peut y arriver. Oui, bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à faire… Mais à quoi bon se sentir incapable, ne pas essayer, ne pas y croire? Il peut y avoir un sens à tout ce qui nous arrive. C’est difficile, ça semble injuste, mais oui, je pense qu’avec le temps, sans pression, il y a un sens à tout cela, qui se révèlera! Les idées négatives envers soi, à quoi mènent-elles? Dépression? Voire même idées suicidaires? Si cela est votre cas, s'il vous plaît, allez chercher de l’aide! Vous avez peut-être de très lourdes épreuves à affronter, mais vous êtes là, et le moment difficile que vous êtes en train de vivre vous apprend des choses. Vous êtes en train d’évoluer, et ce chemin peut être étonnamment agréable!

La vie change tous les jours, et la mienne trouve des intérêts qui me motivent. Par exemple : écrire mon autobiographie (pour mon fils), me sentir utile dans le bénévolat à la Croix Rouge et le ramassage des déchets sur la place publique à travers une organisation.

Et pour vous? Du nouveau? Dans une formation? Dans des projets? Dans une famille? Que sais-je? Cela peut peut-être vous paraître compliqué, mais travaillez sur le fait d’essayer d’y croire. Car si vous n’y croyez pas, le but sera plus dur à atteindre… Vous savez certainement que les idées négatives ne vous aideront pas à améliorer la situation. Être positif demande un gros effort, et il faut d’abord reconnaître que le cerveau se charge d’idées négatives puis travailler pour les maîtriser… Vous connaissez la “loi de l’attraction”? Une même situation, vécue avec des idées positives, ou avec des idées négatives, mènent à des chemins totalement différents!

Alors, voici quelques recommandations concrètes

  • Acceptez l’aide que l’on vous propose, que ce soit de la part de votre famille, de vos amis, des thérapeutes…
  • Cherchez de l’aide: osez parler de vos difficultés autour de vous. Trouvez le courage pour en obtenir. Vous n’avez rien à perdre, y compris financièrement. Prenez conscience de ce que vous risquez de perdre si vous ne faites pas la démarche! Par ailleurs, je vous encourage fortement à prendre contact avec des associations, pour vous faire entendre, pour partager, échanger avec d’autres personnes dans des situations aussi difficiles que la vôtre. Vous n’êtes pas seul!
  • Acceptez vos moments de doutes, d’angoisse, de fatigue, vos sentiments de faiblesse, voire de déprime, et positivez. Comme le dit mon psychologue, à juste titre, lorsque l’on est dans une situation difficile, c’est “normal” d’avoir des moments d'anxiété intense. Ce qui compte, c’est de prendre conscience de ses idées, et de travailler dessus (et le plus vite possible!)
  • Écoutez vos signaux d’alarme physique. Au niveau psychologique, je peux dire que mon expérience est la preuve qu’il faut faire très attention à son niveau moral: le stress, l’anxiété, le burnout (j’étais à deux doigts d’en avoir un avant l’accident) mènent à des difficultés relationnelles très dures (avec la famille et au travail), qui nous entraînent dans un cercle vicieux qui agit sur notre corps physique (douleurs, insomnie, épuisement) jusqu’à ce que notre corps dise “stop” à cet excès de fatigue psychologique et physique, qui, comme pour moi, peut provoquer un arrêt cardiaque.
  • Etablissezvous des priorités et respectez-les! J’avais conscience avant l’accident que la priorité devait être ma santé et ma famille, pourtant j’étais ““workaholic”.

Aujourd’hui, je souhaite aider ceux qui vivent des expériences difficiles, comme l’a fait pour moi l’homme si courageux que j’ai rencontré chez “Fragile Suisse”. Après un AVC il y a trente ans, il lui a fallu huit ans pour retrouver un quotidien “normal”. Sa conclusion que j’aimerais vous transmettre également : “Never ever give up!”*. Et quand mon moral est à zéro, je repense à cette phrase. Et ça marche! Alors, c’est votre tour: “Allez-y, croyez-y, faites-vous aider et … Never ever give up” ;-)!

* N’abandonnez jamais!

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